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Les Notes Intelligentes

🗒 Quand on est pas patriote…

… du tout et qu’on ne le souhaite pas.

C’est quoi pour vous ĂȘtre patriote ?

Je pense avoir une vision propre du patriotisme, qui n’est trĂšs sĂ»rement pas la dĂ©finition mais une dĂ©finition et une maniĂšre de voir l’amour d’une personne pour son pays. Brandir le drapeau et le porter Ă  son coeur, pleurer pendant l’hymne national, tout ça, est-ce que ce n’est pas trop ?

Mais qu’en est-il pour vous ? Qu’est-ce que j’ai manquĂ© dans cette notion si puissante outre-mer ?

True story.

Adolescente, j’avais aussi une forte envie de dĂ©fendre ma nation, parfois mĂȘme imaginer me battre physiquement, jusqu’à brandir fiĂšrement le drapeau de mon pays 
 dans les stades 
 Parce que finalement ça n’a jamais dĂ©passĂ© ce niveau-lĂ . En rĂ©alitĂ©, je peux brandir tout les drapeaux du monde car je n’aime pas un pays, j’aime les gens qui y sont dedans.

Non pas que je dĂ©teste ou crache sur la France. J’aime ce pays, j’y ai utilisĂ© mes droits comme j’y ai payĂ© mes devoirs. Je n‘imagine pas une seule seconde contester la chance d’y ĂȘtre nĂ©e, d’y avoir grandi, d’y avoir fait mes armes. Et j’aime les Français.

Mais lorsque l’on me parle de “Mourir pour la patrie”, “Mourir pour la France”, “se battre pour la France”, plus rien n’a de sens. Qui est-ce, qui c’est (cette) France ? Ma mĂšre ? Je ne crois pas. Ma soeur ? Ma cousine ? Ma nourrisse ? C’est juste un nom sur une terre dĂ©fini et une sociĂ©tĂ© contemporaine non ?

Qui est (la) France pour vous ?

Parce que pour moi ce n’est un nom propre, rien de bien humain et sensible, comme vous et moi.

Aurions-nous rĂ©ellement gobĂ© qu’un pays puisse ĂȘtre un individu, un ĂȘtre humain ? Est-ce que sa matĂ©rialisation par la douce et courageuse Marianne nous plaise tellement au point d’imaginer que c’est elle qui souffre, nous offre du travail, nous donne notre argent et nous le demande ?

Eh bien non. En toute rationalitĂ©, la France c’est une sociĂ©tĂ©, un pays. “Celle” pour qui nous nous battons ne sont qu’un groupe d’hommes et de femmes issus de la sphĂšre politique, payĂ©s pour essayer qu’on se foutent pas tous sur la gueule (officiellement) et qu’on sombre pas dans l’anarchie totale (normalement). Pour perpĂ©tuer la sociĂ©tĂ© que nous avons construit pour atteindre le niveau de confort que nous avons actuellement (malgrĂ© les inĂ©galitĂ©s restantes, nous avons tous relevĂ© notre niveau de confort grĂące Ă  la technologie et la mondialisation).

Qui est prĂȘt-e Ă  mourir pour un bout de territoire — dĂ©terminĂ© par la vicieuse addiction de notre espĂšce pour la conquĂȘte â€” sur lequel nous n’avons que peu de pouvoir de dĂ©cision ? Pas moi.

Je pourrais me battre pour des ĂȘtres humains oui — pas tous je dois l’admettre hein â€” Mais pour un territoire 
 SĂ©rieusement ?

Est-ce que c’est grave prĂ©sident ?

Vous n’avez pas de risques de me voir au front, militairement ou socialement, pour me “battre” pour un bout de terre. Que ce soit celle de mes ancĂȘtres ou celle qui a subit ma vie.

C’est bien dommage pour les gouvernements qui aiment pouvoir faire appel Ă  ses petits soldats, empreints d’un besoin frustrant de s’identifier Ă  une femme avec un sein Ă  l’air, un bonnet qui fait une tĂȘte de con et un trio de couleurs de mauvais goĂ»t.

Est-ce qu’on n’est pas plus que ça ? Je veux dire 
 Chacun de nous, dans son individualitĂ© ?

Non par contre, je peux me battre pour qu’on sache rĂ©ellement ce qu’on mange. Qu’on sache que le sucre est la pire drogue au monde. Que nous n’avons pas toujours tord, mais pas toujours raison. Que nous avons des personnalitĂ©s diffĂ©rentes Ă  accepter et Ă  respecter. Que, de ce fait, nous nous complĂ©tons tous et que nous pouvons vivre ensemble sans avoir besoin de nous comprendre. Qu’on puisse ĂȘtre indĂ©pendant-e, libre et autonome sans vivre dans la prĂ©caritĂ©.

Exemples.

Qu’est-ce qui nous a conduit Ă  mettre la patrie en prioritĂ© au lieu de notre entourage, nos pairs ? Je sais que la surpopulation nous fait nous haĂŻr, mais quand mĂȘme 
 Quelle est notre utilitĂ© si notre trace ne rend pas ce monde meilleur ? MĂȘme, un tout petit peu ? Est-ce que le fantasme de 1789 — le feu, la violence, la destruction â€” est plus fort que l’envie d’ĂȘtre et de rendre meilleur ? Pourtant, niveau ego, ce dernier semble plus rentable.

Le patriotisme nous rend Ă©goĂŻstes et forge notre crise identitaire.

Car il nous fait nous identifiĂ© Ă  quelque chose sur laquelle nous n’avons aucun contrĂŽle.

« Nous vivons dans un pays dans lequel parler de vacances de PĂąques est devenu insupportable, on ne parle plus de vacances de PĂąques, on parle de vacances de printemps au nom de la laĂŻcitĂ©. On n’a plus le droit de parler de vacances de NoĂ«l Â»

François Copé pour FranceInfo en 2017

Comment un peuple ayant crachĂ© et dĂ©capitĂ© le ClergĂ© et la suprĂ©matie religieuse pour la LibertĂ©, l’ÉgalitĂ© et la FraternitĂ© peut-il aujourd’hui s’offusquer de voir les Vacances de NoĂ«l remplacĂ©e par les Vacances d’Hiver ? Voire mĂȘme penser que la laĂŻcitĂ© fait taire et efface les Français en abolissant les mots liĂ©s Ă  la ChrĂ©tientĂ© ?

« Je suis frappĂ©e : on ne peut plus dire “les vacances de NoĂ«l”, on ne peut plus dire “les vacances de PĂąques”. Faut dire “les vacances de fin d’annĂ©e”. ArrĂȘtons de pousser le trait. »

Virginie Calmels (LR) pour RTL en 2017

Alors, faut se positionner maintenant, la France c’est une terre de religion ChrĂ©tienne Catholique ou une terre d’indĂ©pendance ? La France c’est la libertĂ©, l’égalitĂ© et la fraternitĂ© ou pas ? Parce que niveau libertĂ© et Ă©galitĂ©, dans la religion, on repassera.

De ce cĂŽtĂ© lĂ , ne vous laissez pas convaincre que vous vous battez pour la justice et l’égalitĂ©, parce que ce sont deux valeurs qui n’ont jamais fait parti d’une quelconque religion (hommes privilĂ©giĂ©s, races discriminĂ©es, objets sacrĂ©s, rĂ©interprĂ©tations 
)

La seule terre pour laquelle je me bat, en revanche, c’est La Terre. Pas juste un pays, pas juste une nationalitĂ© et une patrie, mais la Terre sur laquelle nous vivons tous, celle oĂč nous avons explosĂ© les frontiĂšre pour permettre Ă  tout le monde de savoir que nous sommes tous dans le mĂȘme bateau. Que nous partageons le mĂȘme air, la mĂȘme eau, les mĂȘmes racines, les mĂȘmes erreurs et la mĂȘme pollution.

Est-ce que cette Mme Marianne, notre terre, notre Ă©go, mĂ©rite plus que vous lui donniez votre vie, qu’à Mme Gaia, notre Terre, notre seule maison ?

C’est à vous de juger.

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