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Les Notes Intelligentes

🗒 Non, je ne veux pas être féministe.

Mais peut-être que cet essai est, justement, féministe.

J’ai, moi aussi, été subjuguée par le mouvement du Féminisme. Enfin des personnes qui l’ouvrent et qui n’ont pas peur de le faire. Enfin des femmes qui se battent pour une égalité non-hypocrite, pour être ce quelles sont sans avoir à plaire aux autres, et surtout aux hommes. Des femmes qui ont décidé de devenir ce qu’elles veulent, de renoncer à l’assistanat pour le sexe faible et aux avantages liés à être la petite princesse fragile à son popole.

À l’adolescence, jamais je n’aurais pu trouver meilleur espoir que le féminisme : faire ce que les hommes font, parler comme eux, détester les autres femmes parce que ce sont toutes des pestes, préférer travailler qu’avec des hommes, refuser sa sexualité, détester le rose, détester les mères au foyer et les femmes qui aiment faire à manger à leur homme. Essayer de devenir quelqu’un de différent et se battre de cette manière. Voilà ce à quoi je pensais à cette époque.

À partir de 15–16 ans, je me suis confrontée aux hommes, à leurs regards désireux et leur irrespect régulier et naïf. Pas tous bien sûr, mais il m’était impossible de marcher dans la rue sans me faire klaxonner ou barrer la route par un être humain du sexe masculin. Bizarre, jamais une femme ne m’as fait ce genre de choses. Après tout, si je leur plais c’est bien de ma faute.

True story.

Alors que je marchais pour aller à ma session de code de la route, une superbe voiture de luxe tourne à l’entrée d’un bâtiment à 1 mètre de devant moi, coupant la route très rapidement, me barrant le chemin au passage. A moitié sur le trottoir, à moitié sur la route — à sa perpendiculaire — un homme sort sa tête du côté conducteur et commence à m’aborder.

Je ne saurais dire comment il m’a abordé, mais respectueusement je crois bien, si on laisse de côté le fait qu’il m’empêche de me rendre à mon cours de code. Il finit pas me proposer une virée dans sa voiture, je refuse et trace ma route en contournant avec difficulté l’avant de la voiture. Je m’extirpe et regarde avec amusement — ou dépit, je sais plus — les voitures sur la route qui klaxonnent l’arrière-train de la supercar débordant sur la route.

Difficile alors pour lui de reculer car dès lors que la file en sens contraire est libre, les chauffeurs-ses exaspĂ©rĂ©-e-s font chauffer la gomme pour le dĂ©passer et l’insulter au passage. Ă€ plusieurs mètres plus loin, n’ayant pas arrĂŞtĂ© de marcher, je vois alors un bouchon se former sur cette 1×1 voie. Tout ça parce qu’un homme a pu penser choper une (trop jeune) fille grâce Ă  une voiture. Mais quel con.

C’est comme ce jour où un homme m’a barré complètement le passage du trottoir (à pied cette fois) pour me demander mon numéro, inciter et m’empêcher de continuer ma route. Pour avoir un tel agissement il faut vraiment penser que la femme en face de soi n’a rien de plus intéressant à faire que de nous parler, nous accorder du temps. Parce que oui, les femmes n’ont jamais rien à faire et prient pour avoir de l’attention masculine en prenant l’air, c’est bien connu.

Mais sinon c’était sûrement des mecs cools.

Se battre pour l’Ă©galitĂ© des sexes, Oui. Faire partie du “fĂ©minisme”, Non.

Il est vrai que supprimer le terme “Mademoiselle” pour l’égalité des titres “Monsieur-Madame” fait rire jaune à côté des problèmes de féminicide, de violences conjugales et de discriminations sexistes. C’est sûr qu’obtenir le droit de vote est bien plus valorisant pour la femme que de ne plus être dévoilée publiquement (et parfois honteusement pour les femmes mûres que l’on appelle toujours Mademoiselle) comme mariée ou non mariée par son titre. Pourtant, une action aussi simple mérite d’être réalisée. Et ça a été fait.

Les féministes diront que ce n’est que futilité. Pas toutes j’espère.

D’ailleurs, le féminisme ne fait pas que du bien aux femmes, mais aussi aux hommes. L’interdiction d’importuner les femmes dans la rue leur a permis de réfléchir avant d’être réducteurs face au physique féminin (bizarrement on ne nous accoste pas pour nous dire que nous avons l’air d’être intéressantes, intelligentes ou créatives, mais passons), et à nous de pouvoir se rendre d’un point A à un point B sans micro-distractions masculines perpétuelles dont la seule envie est l’opportunité désespérée de choper un morceau. Mais, cela nous permet de réajuster le curseur de “l’individu-qui-doit-aborder-et-risquer-de-se-prendre-un-sale-râteau”. Pourquoi est-ce aux hommes de braver leur manque de confiance en eux et leur peur pour nous aborder ? Et si les femmes pouvaient aller pécho aussi si elles le veulent ? Et les hommes laisser venir naturellement si ils le souhaitent ?

Pourquoi ne plus vouloir faire partie des féministes alors ?

Le communautarisme amène Ă  l’extrĂ©misme.

Comme quoi, les femmes sont vraiment l’égal des hommes : à force de rester dans un groupe homogène, nous devenons extrémistes. En focalisant uniquement sur des points de vue convergents et similaires, nous oublions que nous pouvons avoir tord et que tout n’est pas noir ou blanc. Et c’est ce qui rend les gens racistes, sexistes, homophobes, violents et surtout : méga-cons.

Alors à quoi bon faire parti d’un groupe si l’on ne devient qu’un mouton, même au nom de la plus belle des excuses/raisons ? Dès lors que la collectivité commence à ronger l’individualité et la raison-propre de chacun, nous avons un problème. Je suis désolée, j’ai une personnalité et je ne veux pas devenir un bouillon réchauffé moyen de plusieurs autres personnes. Je vous aime mais je suis moi et vous êtes sûrement vous.

Le féminisme ne rend pas con, tout les mouvements communautaires (groupes fermés) politiques et sociaux rendent cons.

L’Ă©tiquette collĂ©e de force Ă  la super-glue.

Et le problème de ses communautés homogènes, c’est l’étiquette qu’elles te collent de force sur le front et sur le dos. C’est l’étiquette de ce que les autres font, ce que les autres pensent, que tu portes. Pas la tienne. Vous vous imaginez ? Si je suis féministe, c’est que je suis prête à dire au monde que je ne suis plus un objet sexuel en protestant les nibards à l’air, alors que, personnellement, je suis pudique. Si je suis féministe, c’est que je déteste les femmes qui aiment rester à la maison à élever des gosses et nourrir son mari. Si je suis féministe, c’est que je haïs les femmes qui aiment se faire entretenir et qui font la vaisselle et le ménage sans partager les tâches.

Mais moi tout ça, je m’en fous. C’est leur problème, c’est leur choix, c’est leur décision. C’est pas ça justement d’être féministe ? Laisser le choix aux femmes indépendamment du point de vue des autres (hommes et femmes) ? Qui es-tu quand tu dis aux autres femmes d’enlever leur burkini/voile ou de couvrir leur jambes/poitrines/ventre ? Mais qui es-tu, féministe, pour obliger et demander obéissance à ces non-féministes tout en prônant leur soi-disant liberté ?

Être féministe c’est partager à haute voix que la femme a le droit de faire TOUT ce qu’il lui plait et devenir TOUT ce qu’elle souhaite. Et si elle souhaite être/rester une connasse, une dépendante affective, une personne passive, une mère débordée ou une femme non respectée, cela ne relève plus de n’importe qui d’autre qu’elle-même. Cela relève d’un autre problème d’ordre psychologique — qui lui n’a pas de genre : le manque de confiance en soi, la carence affective, la peur.

Donc sérieusement, faisons ce que nous voulons. Construisons ce que vous souhaitons vivre. Crions tout ce que vous souhaitons partager.

Mais par pitié, ne nous collons pas d’étiquette dans le dos.

Soyons des personnes uniques avant d’être des femmes, et avant d’être féministes.

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