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Le Journal d'un-e Solopreneur-e

đź“’ L’hypocrisie du monde professionnel

Ep#7 Authentique et rĂ©el … mais faut quand mĂŞme ĂŞtre parfait. L’argent c’est sale … mais on se jette sur quelques euros. Le marketing c’est mal … mais quand ça rapporte on est bien content.

Il faut se vendre sans se vendre.

“Je déteste la prospection”

Qui aime la prospection commerciale, honnĂŞtement ?

Qui pourrait oser assumer d’être un requin, de vouloir gagner de l’argent et de prendre l’argent d’un-e pauvre -pigeon-ne ?

Parce que c’est là où nous en sommes.

Dans les annĂ©es 1990 et 2000, nous avons pu nous rendre compte de l’impact du marketing, de la publicitĂ© et de la “comm” sur notre psychologie. Manipulation, pression, intimidation, empathie forcĂ©e â€¦ Qui n’a pas abandonnĂ© de son argent Ă  un vendeur un peu trop pressant mais terriblement gentil ? Qui n’a pas craquĂ© face Ă  un dĂ©marchage Ă  domicile, voire mĂŞme tĂ©lĂ©phonique ?

SĂ©rieusement, mettons notre ego de cĂ´tĂ©, cela nous est tous au moins une fois arrivĂ© de se laisser faire et d’acheter quelque chose dont nous n’avions pas vraiment besoin mais qui Ă©tait chargĂ© en Ă©motions. Vendeur galant ou flatteur, commercial sociable et drĂ´le â€¦

Ce n’est pas pour rien que nous voyons toujours des street-vendeurs dans les places bondées essayant d’accoster les passants, et dont nous nous écartons au plus tôt, feintant de ne pas voir ou de ne pas entendre. Tout comme nous ignorons les sans-abris que nous croisons par peine, par culpabilité, par gêne ou par déni.

True Story.

Ok. Je vais vous raconter la fois où je me suis laissée avoir par un vendeur en porte-à-porte. Par honte et besoin de me rassurer, je devais avoir 19 ou 20 ans. J’avais l’impression d’être mature, mais j’avais manqué encore quelques petites leçons avant de prétendre être futée. Et cette expérience m’a bien servie.

Alors que j’étais seule chez mes parents, quelqu’un sonne à la porte. Angoissée de devoir faire face à un inconnu, un voisin ou un quelconque autre problème, j’ai mis 2 minutes avant de me lever et d’ouvrir.

Finalement, je trouve un homme souriant qui s’excuse du dérangement. Il travaille à La Provence (grand journal marseillais) et désire me proposer les avantages d’un partenariat que la société à monté avec les plus grands supermarchés de France. Nous commençons à discuter et cet homme sympathique a sûrement du flatter mon ego sans que je m’en rende compte parce que je l’ai laissé entrer chez mes parents sans problème.

Ma mère faisant ses courses exclusivement Ă  GĂ©ant Casino (on ne lui changera pas ses habitudes confortables), j’ai vu le logo de cet hypermarchĂ© sur son prospectus de prĂ©sentation. Bingo, je me dis que c’est intĂ©ressant. Que j’allais faire une bonne action. Que j’avais un bon plan pour ma famille. Et qu’en tant que petite jeune, c’était Ă  moi de dĂ©nicher les derniers hacks pour payer le juste prix (j’ai Ă©tĂ© la première Ă  changer de banque, Ă  passer sur des services en ligne â€¦) et faire des Ă©conomies.

L’Ă©go, maitre de la manipulation

Au cours de la discussion animĂ©e, je suis prise d’un agrĂ©able sentiment pour La Provence. C’est une sociĂ©tĂ© locale, intelligente, ambitieuse, sociale et culturelle. Tout ce qui me faisait vibrer : ils avaient des valeurs. Et j’avais juste envie de les soutenir, d’investir dans ce type de sociĂ©té — moi, frustrĂ©e d’être coincĂ©e dans ma vie sans utilitĂ©, sans avoir dĂ©jĂ  entrepris et rĂ©ussi quoi que ce soit d’important (Ă  mes yeux).

J’ai donc signé un bon de commande pour une carte payante pour recevoir des réductions dans les magasins partenaires + un abonnement à prix réduit pour La Provence. Tout content, le commercial me remercie chaudement et me laisse avec mon sentiment d’accomplissement et mes belles idées en tête.

Mais 3 jours plus tard, je me rend compte que cet achat est complètement inutile et que je me suis auto-bernée avec mon besoin inconscient d’estime et d’accomplissement social. Je demande donc mon droit de rétractation, en toute honte d’avoir été aveuglée par mes émotions.

Le problème est que nous souhaitons paraĂ®tre bien ou bon au lieu de focaliser sur le processus de progression. Nous finissons alors par faire ce qui nous rend bien et bon au yeux des autres, sans essayer d’évoluer Ă  notre manière. C’est comme cela que nous venons Ă  l’Ă©puisement : celui d’avoir fourni beaucoup trop d’effort Ă  ĂŞtre ce que nous ne sommes pas. De prĂ©tendre ĂŞtre parfait, de tout savoir, de tout faire, de tout rĂ©ussir, de tout parfaire. Alors que, il faut arrĂŞter d’ĂŞtre des niais : c’est totalement faux. Chacun de nous, de nos propres yeux, nous savons que nous avons des failles. Que nous cachons des petites “misères”, que nous bricolons des petites erreurs. Que nous ne sommes pas parfaits.

Pourtant, malgrĂ© l’engouement pour “l’authenticitĂ©”, nous cherchons Ă  trouver du parfait autour de nous. Si ce n’est pas parfait, nous ne pouvons pas nous investir dedans. Alors nous n’investissons pas. Ou nous nous laissons berner par une potentialitĂ© parfaite mais imaginaire dans des objets, des personnes, des relations, des expĂ©riences.

Or, rien n’est parfait. Tout se termine. Tout change. Tout s’Ă©loigne. Tout déçoit Ă  la longue.

Sommes-nous stupides ou utopistes ? Ou simplement atteints de nostalgisme-aiguë ?

En 2020, il faut prétendre.

Notre conditionnement, notre mĂ©canisme de dĂ©fense contre le rejet social est aussi immense que pĂ©nalisant. Il faut ĂŞtre humain, empathique et intelligent Ă©motionnellement, mais il faut d’abord ĂŞtre beau/belle et impeccable en toutes circonstances. C’est d’ailleurs la recette du succès d’Instagram et — pour choisir les plus impressionnantes mais contestĂ©es rĂ©ussites — de Kim Kardashion et Kylie Jenner. Si ces deux femmes ont pu tenir leur titre de CĂ©lĂ©britĂ©, c’est parce qu’elles se sont adaptĂ©es aux règles du parfait. Contrairement Ă  Paris Hilton, par exemple, dont le corps filiforme ne fait plus parti de la norme (par rapport Ă  2009).

La beautĂ© Ă  son paroxysme(ou le “parfait”) forge la rĂ©ussite. Nous avons beau faire comme si nous rejetons les idĂ©aux et le superficiel : c’est ce qui nous attire et nous fait succomber. Il faut que tout soit parfait, tout soit accordĂ©, que rien ne dĂ©passe, que tout soit beau. Quitte Ă  perdre son temps Ă  faire des recettes plus belles que bonnes (aka Gâteaux en Pâte Ă  Sucre tout secs et Cupcakes sans goĂ»t). Parce que si nous l’avons pris en photo et postĂ© sur Instagram, alors ça va : nous n’avons pas perdu notre temps !

Pour rĂ©ussir Ă  se vendre, il ne faut pas se vendre : en 2020 il faut prĂ©tendre

Il faut alors faire de la chirurgie pour changer son corps et son visage, rajouter des filtres pour cacher, apposer des lenses pour dissimuler, immortaliser les ciels bleus pour oublier les ciels gris, mettre des faux-cils pour faire du fake no-makeup. On gaine le ventre pour ne pas laisser croire que l’on se tape de la fast-food lorsqu’on affirme ĂŞtre “fit&yogi”.

Il faut prétendre être naturel lorsque tout est travaillé au millimètre prêt.
Il faut faire croire que cette vie est d’ordinaire alors qu’elle est prĂ©parĂ© d’avance.
Il faut faire croire que l’on rĂ©ussi tous, tout le temps sans jamais douter.

Ils ont Ă©tĂ© nombreux, ces influenceurs et ces gourous, Ă  faire nous croire que nous deviendrons comme eux (donc un panel de qualitĂ©s sans dĂ©fauts) en utilisant leurs produits “miracles”. En achetant ces vĂŞtements qui tombent Ă  la perfection sur un autre corps mais pas sur le nĂ´tre. En suivant cette vidĂ©o pour redevenir riche en 1 mois qui nous a juste appauvri d’une centaine d’euros en 3 minutes. En achetant des extracteurs Ă  jus, des tisanes dĂ©tox … On s’est fait avoir hein. Bien comme il faut.

Alors, quel est le problème de voir des objets en arrière-plan d’une vidĂ©o ? Toutes vos affaires sont tout le temps bien rangĂ©es, vous ? Quel est le problème de ne pas ĂŞtre parfaitement coiffĂ© ou d’être dĂ©maquillĂ©e ? Vous sortez du lit avec la classe de Scarlett Johanson ou Bradley Cooper sur un tapis rouge, vous ? Quel est le problème avec les couleurs, les formes voluptueuses et les designs nouveaux ?

Quel est le problème de voir l’imparfait et le moche ? Faut-il absolument que tout soit beau pour que cela ai de la valeur ?

Et vous, quelle est la place rĂ©elle de l’authenticitĂ© ?
Pénalisez-vous les environnements, les personnes qui montrent leurs défauts ?
Pouvez-vous faire confiance Ă  quelque chose ou quelqu’un qui montre des failles annexes ?

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