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Les Notes Intelligentes

🗒 La Gratuité, allié paradoxal de la précarité ?

Entre inĂ©galitĂ© et injustice il y a un monde : celui de l’argent et de la gratuitĂ©.

ĂŠtes-vous favorable Ă  la gratuitĂ© ? Que ce soit dans le serveur public comme dans le serveur privĂ© ? Nous sommes habituĂ©s Ă  avoir tout rapidement et, très souvent sans payer, lĂ©galement ou illĂ©galement. Applications, mĂ©dicaments, Ă©ducation, logiciels, musique, films, sĂ©ries …

Seulement, cette gratuitĂ© est un leurre. Car l’argent a forcĂ©ment Ă©tĂ© ponctionnĂ© d’une part et très souvent Ă  l’insu des citoyens/consommateurs. L’argent ne poussant pas sur les arbres, il faut forcĂ©ment l’obtenir de quelque part. Vous ĂŞtes offusquĂ©s de savoir que les GAFA utilisent vos donnĂ©es personnelles et les revendent sans votre avis ? Demandez-vous pourquoi vous pouvez utiliser leurs services gratuitement …

Un abaissement de la qualitĂ©

Il y a un débat sur la gratuité des transports en commun. Notamment pour combattre la pollution et les effets caniculaires effroyables qui sévissent dans les villes.

Si GĂ©rard Collomb, pour favoriser sa rĂ©Ă©lection Ă  la mairie Lyonnaise, a mis en place la gratuitĂ© des transports de Lyon pendant les dix jours prĂ©cĂ©dant le 1er tour des Ă©lections (mais regardez-moi cette propagande de bas niveau …), aucune autre gratuitĂ© n’a Ă©tĂ© mise en place dans cette grande ville. Beaucoup de rĂ©sidents dĂ©noncent alors le manque d’action des villes pour favoriser les transports en commun plutĂ´t que les vĂ©hicules personnels. Il est vrai, qu’en 2018 (mais cela est rĂ©volu) le stationnement des vĂ©hicules Ă©tait gratuit tandis que les transports en commun Ă©taient payants ! LĂ , la logique Ă©tait nĂ©cessaire …

Cependant, le prix du stationnement (et des amendes pour manquement) en ville a explosĂ© en 2019. Et cela a Ă©tĂ© un sujet de colère des habitants vĂ©hiculĂ©s intra-muros, qui, trouvent alors le ticket de mĂ©tro trop cher (entre autres car leurs budget transport est alors impactĂ©). La situation est alors difficile pour les personnes qui doivent jongler entre la voiture (les trajets extra-muros) et les transports en commun (trajets intra-muros). Mais pour tous les utilisateurs des transports en commun, rendre gratuit ou abaisser le prix d’utilisation de leur service planifierait la mise Ă  l’abandon d’un service actuellement performant.

Le manque à gagner est un manque de richesse donc un manque de pouvoir de créativité qui permet de construire des choses utiles et pertinentes.

S’il y a toujours Ă  redire d’Ă©ventuels dysfonctionnements ou retards (le risque 0 n’existe pas), ici Ă  Lyon, comme Ă  Paris, nous n’avons pas Ă  nous plaindre du service et des installations. Comparativement Ă  Marseille par exemple. OĂą, d’ailleurs, la pauvretĂ© est bien plus grande. Le prix de vente du ticket est plus bas (1,40€), mais la RTM (RĂ©gie des Transports de Marseille) ne possède aucune application d’itinĂ©raire pratique comme TCL et RATP, n’investit pas dans les lignes (seulement deux lignes de mĂ©tro et 3 lignes de tramways pour la 2e ville de France !). Le service n’est juste pas possible avec aussi peu de richesses gĂ©nĂ©rĂ©es.

C’est aussi pour cela que les associations meurent : les dons n’Ă©tant pas suffisants, toute leur bonne volontĂ© et leur gĂ©nĂ©rositĂ© ne peut ĂŞtre matĂ©rialisĂ©e en une Ă©volution gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

Un agrandissement des inégalités

D’ailleurs, sur ce sujet de gratuitĂ©, la mĂ©tropole de Lyon Ă  son avis propre :

“Cela coûte trop cher”. “Mon opinion est la même que celle de Gérard Collomb, qui est de dire non à la gratuité parce que ça coûte cher et parce que ça fait payer aux citoyens ce qui doit être payé par les utilisateurs”

Thierry Philip, le vice-président de la métropole chargé de l’environnement

Effectivement, ce que nous oublions c’est que le coĂ»t d’un système de transport en commun est 100 fois plus Ă©levĂ© qu’un système de transport personnel (voiture/moto) bien qu’il soit plus Ă©cologique. Et qui va payer ? Personne ? Ah bon, c’est possible ça ? Passer les frais de transports par rĂ©partition sur les impĂ´ts ? Cela implique alors de TOUS payer LE MĂŠME COĂ›T pour ce service, au delĂ  de notre propre utilisation et de nos propres besoins. Et les personnes qui n’utilisent les transports que quelques fois par mois (indĂ©pendants, tĂ©lĂ©-travailleurs, adeptes de marche, de trottinettes et de vĂ©lo) vont payer la part de tous ceux qui utilisent les transport quotidiennement, voire Ă  outrance (privilĂ©gier 5 minutes de transports en commun face Ă  15 minutes Ă  pieds par exemple …).

J’imagine que les personnes qui utilisent quotidiennement les transports en commun et les privilĂ©gie en toutes circonstances seraient d’accord pour Ă©taler ce coĂ»t sur l’ensemble des citoyens. Mais je doute que les autres soient passifs face Ă  cette escroquerie. SolidaritĂ© entend-je au fond de la salle ? Bullshit : ce n’est que individualisme et Ă©goĂŻsme dĂ©guisĂ©.

Le but n’est pas de faire une croix sur l’Ă©cologie car elle peut s’avĂ©rer quelques fois plus coĂ»teuse (cependant il faudrait faire un bilan final des coĂ»ts) mais de trouver des solutions pour gĂ©nĂ©rer de la richesse qui sera utilisĂ©e dans ce sens [l’Ă©cologie].

Oui, la gratuitĂ© forge les inĂ©galitĂ©s surtout car elle conforte l’injustice. Et l’injustice est le problème rĂ©el qui se cache derrière l’inĂ©galitĂ©. Personne n’est au mĂŞme point (donc dans une Ă©galitĂ©) car tout le monde est libre de ses actions et donc de ces choix de vie. Doit-on blâmer une personne qui travaille pour ĂŞtre riche face Ă  une personne qui prĂ©fère une modestie très peu matĂ©rielle ? Non, chacun a choisi sa vie. Il n’est donc pas question d’inĂ©galitĂ© car il n’est pas question de comparaison entre deux choix de vie. Point.

Un désengagement

Il y aura toujours des personnes pour glaner que c’est trop cher jusqu’Ă  ce que ce soit gratuit. Et une fois que c’est gratuit ils n’y prĂŞtent pas attention et oublient sa valeur.

Comme la bibliothèque pour les demandeurs d’emplois et les Ă©tudiants.
Comme les soins médicaux en France, les universités françaises. La gratuité dévalorise.

Une fois que cette “gratuitĂ©” s’installe elle se positionne comme un acquis et nous le savons tous : ce que nous pensons acquis, nous le nĂ©gligeons furieusement. Combien d’entre nous n’avons jamais jetĂ© un coup d’Ĺ“il au eBook tĂ©lĂ©chargĂ© dernièrement, Ă  la formation en ligne de quelques vidĂ©os, Ă  l’atelier ou au MeetUp gratuit qui nous a pourtant intĂ©ressĂ© et oĂą nous nous sommes pourtant inscrit ?

Cela devient de plus en plus facile Ă  percevoir : ce que nous avons de gratuit nous dĂ©sintĂ©resse. Je l’explique plus amplement sur le sujet de ce que les chosent “nous coĂ»tent” et pourquoi elles doivent nous coĂ»ter. Nous aimons notre confort, mais ce dernier ne permet pas l’Ă©volution ni l’effort nĂ©cessaire Ă  cette dernière. L’adage “après l’effort, le rĂ©confort” pourrait alors ĂŞtre “sans effort, pas de confort“. Car seul l’effort amène au confort sain et non au conformisme toxique.

Des moyens moins éthiques de générer des richesses

L’anti-consentement

Pourquoi est-ce que Facebook et Google (entre-autre) revendent nos donnĂ©es Ă  tire-larigot ? Parce que nous ne les payons pas. Pourquoi ont-ils optĂ© pour la mort du contenu organique et la mise en avant de la publicitĂ© ? Parce que nous ne les payons pas et nous sommes donc devenus leur produit. Il n’y a pas de mĂ©chancetĂ© ou de viscositĂ© derrière tout cela. C’est juste un Ă©nième produit gratuit proposĂ© au monde entier, qui a pris de l’ampleur. Et lorsque quelque chose est gratuit, il est difficile de revenir en arrière.

Il y a donc eu besoin d’avancement de fonds, d’énergie et de temps pour fournir de tels services d’aussi grande qualitĂ© (qui peut cracher sur la qualitĂ© des produits de Google ?). Il est normal de vouloir, un jour, la monnaie de sa pièce dĂ©cuplĂ©e par la prĂ©caritĂ© et la patience que tout cela a nĂ©cessitĂ©. Si ce serez-vous, comment auriez-vous rĂ©agit ? Peut-ĂŞtre n’avez vous aucune charge ou facture Ă  payer ? Personne Ă  nourrir ? Et si, en tant que salariĂ©, votre patron ne vous payait pas pendant plusieurs mois voire annĂ©e ? Comment ça se passe ?

Et oui l’empathie. Se mettre Ă  la place des autres et ramener la situation d’un autre Ă  la notre pour voir ce qui est juste ou injuste.

La répartition généralisée injustifiée

Prenons l’exemple des soins de santĂ© et des mĂ©decins qui sont considĂ©rĂ©s comme gratuits… Aujourd’hui nous trouvons qu’il est inacceptable de devoir avancer le tiers-payant des mĂ©decins ou de devoir payer des sĂ©ances spĂ©cialisĂ©es. Nous trouvons dĂ©gueulasse de payer pour sa santĂ© et de ne pas se faire rembourser tout les mĂ©dicaments. Et d’un autre cĂ´tĂ©, nous nous plaignons de devoir payer des impĂ´ts, des taxes et des cotisations … OĂą est la logique ?

“C’est trop cher !”
C’est vrai que payer une personne avec un BAC+8, qui s’est endettĂ©e de plusieurs milliers d’euros pour se payer ces Ă©tudes supĂ©rieures c’est de l’escroquerie. Ils doivent faire ça pour la gloire, oui oui !

Symbole mĂŞme de l’Ă©goĂŻsme et de l’individualisme de la pensĂ©e populiste.

Pour ma part, je pense que cette facilitĂ© et ce confort de la gratuitĂ© est malsain. C’est vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul du crĂ©mier. D’ailleurs, cela se voit lorsque nous retournons la situation de ces personnes qui clament la gratuitĂ© comme un droit (notamment sur internet) :

  • Cette personne demande Ă  baisser les prix jusqu’à obtenir gracieusement un produit ou service avec la justification de l’aider Ă  le “tester” et en le “promouvant” et le “faisant connaĂ®tre” (Un problème d’ego surdimensionnĂ© ou du simple mensonge vicieux ?)
  • Mais lorsqu’elle demande son dĂ» (salaire, intĂ©rĂŞts â€¦) ou annonce son prix, c’est pour l’augmenter en se justifiant d’une obligation du payeur (client ou employeur) et/ou d’une production avec amour, soin, qualitĂ©, mĂ©lancolie, mĂ©rite etc â€¦ 

Alors je me demande, est-ce que ces gens ne nous prendraient pas pour des cons ? OĂą est-ce ça l’égalitĂ© ? Car cela n’est pas du mĂ©rite, loin de lĂ .

Nous aurions pu penser que la gratuitĂ©, ce que l’on acquiert sans donner contrepartie financière, Ă©tait une solution contre la pauvretĂ©. C’est vrai ! Imaginez un monde oĂą TOUT serait gratuit. Il n’y aurait plus de riches, ni de pauvres ! Enfin ces enfoirĂ©s de riches clouĂ©s au sol avec les pauvres. Hourra !

Peut-ĂŞtre devrions-nous nous imaginer plus profondĂ©ment ce scĂ©nario … J’en Ă©crirais un article que vous pourrez agrĂ©menter Ă©galement.

La seule chose gratuite qui combat la prĂ©caritĂ© : l’apprentissage.

L’argent Ă©tant mauvais lorsqu’il n’est pas utilisĂ© Ă  bon escient, nous nous devons de dĂ©velopper une compĂ©tence essentielle contre la prĂ©caritĂ© : l’intelligence globale. L’intelligence globale est l’ensemble des capacitĂ©s cognitives menant Ă  : la logique, la crĂ©ativitĂ©, la sociabilitĂ©, l’Ă©motion, la concentration, la flexibilitĂ©, l’adaptation. Pour cela il existe un moyen simple : l’apprentissage.

Pour moi l’apprentissage est une solution viable contre la prĂ©caritĂ©. Notre cerveau est notre seul outil capable de gĂ©nĂ©rer des richesses par divers moyens peu coĂ»teux, immatĂ©riels et propres (que personnes ne peut voler ou arracher). Sa capacitĂ© de visualisation, imagination et de crĂ©ation nous apporte les bases solides contre la pauvretĂ©.

Cela signifie que la pauvretĂ© n’est pas qu’une histoire d’argent. Mais aussi de comportement, de pensĂ©e et de mentalitĂ©. Je pense que les personnes dans la prĂ©caritĂ© s’empĂŞche de vivre leur vie, leurs passions, leurs rĂŞves et de satisfaire leurs besoins profonds car ils pensent que seul l’argent peut leur permettre. Les riches savent que c’est faux. C’est pour cela qu’ils sont riches.

Je ne clame pas que l’apprentissage devrait ĂŞtre gratuit. Mais je pense que c’est une charge et un coĂ»t qui se doit d’ĂŞtre ponctionnĂ© et rĂ©parti entre tous les citoyens. C’est Ă  ce niveau lĂ , l’Ă©ducation, oĂą nous devons ĂŞtre Ă©gaux. OĂą nous devons tous avoir nos chances et gagner au mĂ©rite : celui d’utiliser notre cerveau et de l’amĂ©liorer. D’ailleurs, l’Ă©tat Français se dirige vers cette voie grâce au CPF, aux financements OPCO et PĂ´le Emploi des formations et des reconversions professionnelles.

Souvent, c’est notre vision Ă  court-terme qui nous retient dans la prĂ©caritĂ© et la pauvretĂ©. Et vous, qu’est-ce qui vous tient, vous ou autrui, dans la prĂ©caritĂ© ?

Du coup, j’ai une petite question â€¦ Quel serait notre quotidien dans un monde gratuit ? Comment voyez-vous la continuitĂ© de notre existence dans un monde sans argent ?

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