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Le Journal d'un-e Solopreneur-e

📒 Oui, vous restez auto-entrepreneurs parce que vous avez peur. Pas parce que c’est plus simple.

Ep#12 | Comment s’auto-saboter en micro-entreprise juste parce que l’administratif nous effraie.

Je sais que l’auto-entrepreneuriat fut une aubaine pour tous les salariés lassés, les travailleurs autonomes, les étudiants, les professions solitaires et les prestataires de services. Je sais que si la micro-entreprise a le vent en poupe, ce n’est pas pour rien : c’est la volonté de construire soi-même sa carrière.

Et ça c’est bon.

Pourquoi l’auto-entrepreneuriat ?

Tout d’abord il faut différencier auto-entrepreneur (ou micro-entreprise) de freelance et d’indépendant. Nous pouvons très bien être freelance en créant une société et ne pas faire partie du statut d’indépendant en étant à son compte (comme les assimilés salariés des SAS et SASU). Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que l’auto-entrepreneuriat fut une porte d’entrée, facilitée, pour la création d’emplois et donc, une baisse du chiffre du chômage. L’administratif français étant ce qu’il est, et à l’époque en 2003, monter sa propre affaire (même seul-e) était extrêmement rebutante. Contrairement à aujourd’hui, avec la masse informative et éducative que nous possédons.

Idéalement, cela affranchit les salariés de leur subordination et les employeurs de leurs obligations à rallonge. Donc il n’est pas question pour les entreprises, passant d’employeurs à clientes, d’offrir les mêmes avantages qu’un salarié subordonné. Et il n’est pas question pour les indépendants, passant d’employés à prestataires, de ne pas travailler à sa manière.

“Ce régime [auto-entrepreneur] compte plus d’un million d’inscrits en 2016, pour un revenu mensuel moyen de 410 €”

Wikipédia

410€, vous avez vus ? La précarité des auto-entrepreneurs n’est pas seulement due à l’instabilité des marchés et la difficulté à trouver des clients, mais aussi — voire surtout — à leur manque de stratégie financière liée à une simplification des impositions fiscales : vous êtes imposés sur votre chiffre d’affaires, et pas sur vos bénéfices. Vous payez pour tous les coûts, pas sur ce qui reste sur votre compte en banque.

C’est comme être imposé sur le coût brut de votre salaire (et non le salaire brut, soit les quelque 70% de charges supplémentaires que payent les employeurs, ce qui est supérieur au salaire brut inscrit sur votre fiche de paye), par exemple 1 700€, alors que vous n’êtes en réalité payés que 1 000€ (salaire net).

Vous perdez de l’argent sur vos plus beaux devis.

Oui, vous perdez …

Réussir à faire signer un devis à 10k€ cela ressemble à une belle réussite. Plus que de réussir à faire signer un devis à 1k€ ! Mais si, dans le premier cas vous devez débourser plus de 8k€ ou alors consacrez 80% de votre temps de travail pour ce client-ci pour livrer la prestation ou le produit du devis (souvent c’est le cas, les gros devis font les grosses charges de travail) et dans le deuxième cas seulement 500€ ou 50% de votre temps de travail, l’équation s’inverse :

10 000€ de CA — 8 000€ de coûts = 20% de marge brute soit 2 000€ de bénéfices bruts.

1 000€ de CA — 500€ de coûts = 50% de marge brute soit 500€ de bénéfices bruts.

En finance, le chiffre final — les 2k€ ou les 500€ — ne sont pas représentatifs de la performance d’une activité. C’est la marge qui joue ce rôle : nous obtenons un ratio efforts/réconfort, ou plus sérieusement travail/bénéfices afin de déterminer les prestations/produits qui sont les plus rentables. Maintenant, appliquons l’imposition, dans la situation où le montant de l’impôt est de 20% pour tous :

Si nous sommes une personne morale (société) =
2 000€ de bénéfices 𝘅 20% = 400€ soit 1600€ gagnés et restants sur les 2 000€ de bénéfices bruts.

500€ de bénéfices 𝘅 20% =100€ soit 400€ gagnés et restants sur les 2 000€ de bénéfices bruts.
Si nous sommes une personne physique (micro-entreprise) =
10 000€ de chiffre d’affaires 𝘅 20% =2 000€ soit 0€ gagnés et restants sur les 2 000€ de bénéfices bruts.

1 000€ de chiffre d’affaires 𝘅 20% =200€ soit 300€ gagnés et restants sur les 2 000€ de bénéfices bruts.

Ce qui confirme qu’en tant que micro-entreprise, vous avez tout intérêt à augmenter au maximum votre marge brute pour alléger au maximum le montant total du devis, car vous êtes redevable du montant de la facture payée par vos clients et non pas ce que vous gagnez dessus. Ainsi, les activités purement intellectuelles (qui ne nécessitent que de l’investissement cognitif et immatériel) sont celles qui s’en sortent le mieux en micro-entreprise.

Vous perdez votre pouvoir d’investissement.

Savez-vous ce que l’imposition sur le chiffre d’affaires signifie ? Que vous n’êtes pas redevable d’impôts sur votre performance — votre bénéfice — mais sur les montants inscrits . Or le montant d’une facture n’a aucune valeur. Le montant d’une facture inclut de l’argent investir pour parvenir au résultat, au service ou produit facturé. Alors, vous êtes alors taxé et facturé deux fois : la première fois lorsque vous achetez des fournitures (toutes taxes comprises, d’ailleurs), la seconde fois lorsque vous déclarez les montants des factures réglées par vos clients. Il est illogique et injuste d’être imposé deux fois, n’est-ce pas ?

Alors peut-être que ce n’est pas si grave et que c’est le prix à payer pour avoir moins de paperasse, ne pas être obligé d’avoir un comptable ou un juriste. Mais que se passera-t-il si vous souhaitez évoluer ? Obtenir un super outil qui facilitera votre travail ? Si vous souhaitez déléguer pour vous spécialiser ? Vous former et progresser sur une compétence fortement demandée ? Acheter ou racheter du matériel ? Eh bien vous trouez votre bourse ou vous stagnerez au niveau où vous êtes. Et vous n’évoluerez jamais, car cela n’est pas rentable.

Alors oui, les sociétés sont redevables de charges externes telles que la comptabilité (environ 650€ HT par an pour une SASU de prestation de service), la création de statuts et leur publication (entre 500€ et 1 000€) et quelques bonnes pratiques comme la récupération de toutes les factures détaillées des achats de l’entreprise, une bonne organisation de la facturation etc …

Mais si ces tâches fastidieuses sont déléguées, où est le problème ? De devoir payer ? Ce ne sont que des charges fixes et ponctuelles. De devoir sortir de l’argent et augmenter les charges ? C’est vrai. Mais en allégeant toutes ses charges de 20% (exonération de TVA), et en gagnant du temps pour développer d’autres clients, nous nous y retrouvons. Et bien plus, car notre temps est notre cœur de métier, et notre cœur de métier est notre valorisation.

Vous ne pouvez pas vous développer.

Vous ne pouvez donc pas acheter de matières premières sans être doublement imposées dessus en tant que professionnel (TVA + Imposition sur le CA). Car oui, la TVA est une taxe (ou imposition particulière) qui est réservée aux particuliers. Les professionnels — où ceux que l’on considère comme professionnels — en sont exonérés afin de leur offrir une marge brute plus élevée et favoriser les investissements interentreprises (B2B) ainsi que l’industrie (la transformation de matières premières en un nouveau produit).

Car vous ne pouvez donc pas sous-traiter certaines prestations, vous ne pouvez offrir un produit/service irrésistible à vos clients et vous affilier avec des prestataires complémentaires. Vous ne pourrez pas développer des revenus passifs que ne demandent pas de votre temps. Vous ne pourrez pas abaisser la charge mentale qui vous pèse. Vous ne pourrez pas déléguer. Vous ne pouvez pas fidéliser votre clientèle ni l’étendre car la valeur ajoutée de vos prestations restera la même. À moins de renouveler son offre ou pivoter (ce qui est facilité en micro-entreprise).

Vous ne différenciez pas votre finance personnelle de votre finance professionnelle

En micro-entreprise, vous êtes responsable de l’intégralité de vos actions, mais aussi de vos dettes. Entreprendre est risqué. Et l’état permet de différencier les dettes personnelles des dettes liées aux risques de générer des richesses (et de faire tourner la société au passage) … mais seulement aux entreprises, aux personnes morales. De nombreux avantages sont attribués aux sociétés car elles sont bien mieux surveillés. Car elles sont surveillés elle demandent alors une organisation des documents et des transactions, ainsi qu’un compte bancaire dédié. Si ce compte bancaire flanche, vous avez toujours le vôtre, de personne physique.

En tant qu’auto-entrepreneur, vous restez une personne physique à laquelle l’état accorde un droit de commerce. Vos risques vous suivent jusqu’au bout de votre vie. Vous n’avez donc pas le droit à l’erreur.

C’est d’ailleurs utile car la notion de “rentabilité” ne concerne pas uniquement la santé d’une entreprise, mais aussi la santé financière globale de notre vie. Cette rentabilité, donc globale, prend établi sur l’équilibre ou le non-équilibre entre ce que l’activité professionnelle rapporte et combien nous dépensons — ou devons dépenser — pour vivre sereinement. Les résultats d’une entreprise peuvent être positifs (en bénéfices), mais s’ils sont inférieurs à votre train de vie (vos charges personnelles), vous êtes en faillite. C’est une faillite globale : personnelle et professionnelle.

L’auto-entrepreneuriat est souvent perçu par les nouveaux entrepreneurs pour “se lancer comme ça”, “pour voir”, “en attendant”. Pourtant, l’attendant dure parfois des dizaines d’années ! Tout simplement car ils n’arrivent pas à atteindre les objectifs financiers qu’ils se sont donné avant de faire le “grand saut” vers la création d’une société. Qui elle, fait peur.

Pourtant, c’est en société que nous arrivons le plus à générer des richesses. C’est le cas car cette structure légale a été conçue pour générer de l’argent et des richesses. Passé la barrière à l’entrée de l’administration, du choix d’un comptable, le monde de l’entrepreneuriat est beau, je vous jure.

Comment pouvons-nous avoir peur à ce point de déléguer la sale paperasse et refuser d’investir de l’argent pour focaliser sur notre cœur de métier, et préférer se faire enfler par les taxes sur notre propre salaire ?
Ça, je vous le demande.

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